Un tresor de l'age du bronze
L'exemple en détection
Olivier prospecte depuis trois-quatre ans environ. Depuis qu'il a commencé,
la passion ne l'a jamais quitté, seul le manque de temps lui fait défaut.
Il ne se doutait pas qu'avec son GTA 500 il allait intéresser des archéologues
un jour... par une découverte faite au détecteur de métaux.
Si Olivier à rejoint notre association dès le tout début,
c'était pour détecter autrement; pour montrer que ce loisir, lorsqu'on
est honnête peut apporter beaucoup et enrichir nos connaissances...
Ayant une après-midi à tuer (comme il dit lui-même) il chercha
un champ où il pouvait prospecter. Seulement, à chaque fois les
agriculteurs n'étaient que locataires des terres. Au bout du sixième
ou septième champ, il trouva des propriétaires qui acceptèrent
gentiment. Sitôt dans le champ, le GTA 500 émet de beaux sons évoquant
espoir, il creuse mais ce ne sont que des balles et des cartouches de la dernière
guerre. Persévérant Olivier continue : d'autres sons se font entendre
tout au long de après-midi et à chaque fois, ce sont des reliefs
de munitions de la dernière guerre qu'il déterre. Il commence
à s'habituer à ce son long caractéristique d'une douille
avec son projectile lorsque tout à coup, n'en croyant pas ses yeux, il
met au jour une hache à douille. En repassant dans le trou, il constate
que le Garret sonne encore. Il creuse de nouveau sort une autre hache et en
aperçoit deux autres très grosses. Il réalise qu'il vient
de trouver ce que l'on appelle un dépôt de haches à douille.
Aussitôt il arrête tout terrassement afin de préserver les
couches archéologiques (s'il y en a, nous dira-t-il plus tard). Voilà
un réflexe dont nombre de prospecteurs feraient bien de faire Ecole lorsqu'ils
découvrent des objets regroupés ou en lots. Sans même élargir
le trou (ce que d'autres auraient fait, il est très conscient de l'importance
de sa découverte) il appelle l'Association au 01.30.47.41.42 et m'indique
qu'il voudrait faire connaître la découverte aux archéologues
de sa région... je lui réponds qu'il n'y a aucun problème
et que l'Association est là pour ça (voir page 2). Apres un bref
contact archéologique très amical, nous décidons d'un rendez-vous,
qui finalement sera repoussé trois fois pour incompatibilité de
planning. Je me suis donc rendu la première fois avec Loïc un jour
de semaine sur place, Olivier nous avait fait un plan fort juste du "site"
et c'est au bout d'une petite demi-heure de prospection que nous découvrons
la première hache. A la fin de l'après-midi, nous en totalisions
douze dont deux grosses, quatre dans le trou qu'Olivier avait fait et huit autour
(à moins de 1,50 m). Il nous faut tout de même préciser
que sans le 6000 DI de white's, nous en aurions manqué quatre, ce détecteur
disposant d'un mode permettant la détection d'un objet non ferreux à
côté d'un ferreux (pour information).
Un deuxième rendez-vous fût pris pour une fouille plus complète
afin de déterminer si un contexte archéologique pouvait être
mis en évidence. Olivier qui venait de trouver un nouvel emploi en intérim
ne put s'y rendre à son grand désespoir (on veut bien le croire).
Cette fois-ci, un bulldozer doit "décaper" une surface de 10
m sur 10 m et tous les dix centimètres, un passage du détecteur
sera effectué afin de ne perdre aucun témoins de cette époque.
Pour ce faire, le 6000 DI est réglé sur la position "Hot-rocks
accept" qui permet de détecter une poterie minéralisée.
Un fragment de poterie peut être très intéressant pour une
datation précise. Au niveau du contact avec les archéologues,
tout s'est très bien passé, voici ce qu'ils nous ont appris et
pourquoi cette découverte est importante et méritait d'être
portée à notre connaissance :
L'AGE DU BRONZE :
Le développement de la métallurgie du cuivre (ou Chalcolithique)
en Normandie au cours du II ème millénaire avant notre ère,
s'accompagne d'une évolution profonde des traditions culturelles néolithiques
(- 10 000, à - 2 000 av. J.C.).
On la perçoit notamment dans un style céramique particulier
auquel des vases "en forme de cloche" ont donné leur nom: le
campaniforme. Les découvertes récentes relatives à ce contexte,
effectuées dans la vallée de la Seine sont particulièrement
riches d'enseignement. Cette étape se distingue du véritable Age
du Bronze que l'on fait remonter au début du II ème millénaire
av. J.C., époque à partir de laquelle est maîtrisée
la technique de l'alliage cuivre-étain, et où l'on trouve les
plus anciens vestiges métalliques du Bessin qui est un ensemble de poignards
et de haches provenant vraisemblablement d'une sépulture. C'est
en effet l'une des caractéristiques de l'Age du Bronze ancien que de
voir se généraliser la pratique consistant à inhumer les
morts accompagnés d'un riche mobilier funéraire dans une sépulture
individuelle recouverte d'un tumulus de terre circulaire. En fait,
seuls quelques individus privilégiés ont droit à cet hommage
rendu par la collectivité. Le rassemblement d'objets métalliques
abandonnés sous la forme d'un dépôt enterré dans
une fosse sans aucun contexte archéologique apparent (pas de trace de
feux, d'habitats, etc) est également l'une des particularités
de l'Age du Bronze. Ils sont nombreux dans le Bessin. L'interprétation
de ce phénomène est difficile. S'agit-il de dépôts
votifs, de réserves
L'AGE DU FER :
Les derniers objets témoignant des traditions héritées
de l'Age du Bronze sont les haches à douille dites "armoricaines"
parce qu'on les retrouve regroupées par centaines en dépôts
sur l'ensemble du massif armoricain. Le dépôt découvert
à Vaux sur Aure en 1875, en est un bon exemple. Les haches de Quettreville
sont elles aussi caractéristiques de ces productions tardives contemporaines
des premiers objets en fer. Les vestiges les plus anciens témoignant
de l'introduction du fer dans le Bessin ne remontent qu'au VI ème siècle
av. J.C. mais il s'agit de fragments d'objets dont l'état de corrosion
n'a permis ni l'identification, ni la conservation. A partir du IV ème
siècle avant J.C., Celtes et Gaulois commencent à être cités
par les auteurs gréco-romains. Le second Age du Fer ou époque
de la Tène, correspond à cette phase la plus récente de
la préhistoire. Au cours des quelques siècles qui précèdent
la conquête romaine, on peut enfin proprement parler de Gaulois, qui s'identifient
dans ces innombrables tribus Celtes qui constituent la Gaule et dont les noms
nous sont parvenus. On peut citer dans le Calvados les Baïocasses à
l'ouest dans la région de Bayeux, les Viducasses au centre, autour de
Vieux et les Lexovii à l'est, dans la région de Lisieux.
CONCLUSION :
Cette découverte faite dans la région de Quettreville permettra,
après étude, d'en connaître un peu plus sur le passé
de notre région. Ainsi une comparaison des haches découvertes
par Olivier et celles en collection dans les différents musées
de la région sera riche d'informations. Ensuite la simple étude
des coulures de métal au niveau des joints des deux moules qui ont laissé
leurs traces sur les haches au fur et à mesure qu'elles étaient
coulées permettra de savoir si elles proviennent d'un même moule
ou non. On pourrait facilement penser qu'avec cette découverte l'on puisse
mettre en évidence l'existence probable d'un gros site de production
en série de ces haches dans les environs. Mais pour l'instant cela reste
une hypothèse séduisante qui se vérifiera peut-être
à l'avenir. Les vestiges ne se renouvelant pas et chaque découverte
étant une destruction, chaque document devient essentiel. L'excellente
idée qu'a eue Olivier de ne pas trop remuer le terrain nous aura permis
de prélever ces haches dans leur contexte. Toute découverte doit
être signalée le plus rapidement, pour permettre aux scientifiques
d'en recueillir les fruits.

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